Revue de presse

Informatique et handicap

(Est Républicain du 29 mai 2006)

Première entreprise « adaptée » de services. Informatiques en Lorraine, Ingecap démarre avec déjà, de gros clients.

Le parcours de Thomas Favier est plutôt atypique. Cet ingénieur des Mines, âgé de 33 ans, a bifurqué vers l’informatique « par hasard », après une longue période à l’étranger. « J’ai terminé mes études en Ecosse, puis j’ai fait mon service militaire à l’ambassade de France à Vilnius, en Lituanie ». Une affectation plutôt exceptionnelle, favorisée par la connaissance de la langue russe, acquise tout au long de sa scolarité. Ensuite, détour par le Guatemala … Le temps de faire l’expérience de la nostalgie ! « Je me suis dit qu’on n’était pas si mal en France et notamment en Lorraine. Je suis revenu et j’ai cherché un travail le plus rapidement possible ». Le premier poste disponible fut le bon. Chez Essilor, en Meuse, Thomas Favier est chargé du suivi de qualité par systèmes de code barre. Une première incursion dans l’informatique, couronnée de succès. A tel point que son employeur veut le promouvoir à Paris. Pas question. L’ex globe-trotter est fatigué des déménagements. « Je suis devenu consultant indépendant, d’abord pour Essilor, ensuite pour France Telecom ».

Son propre patron

Travailleur nomade, Thomas Favier ne commet qu’une erreur, celle de trop privilégier son plus important client. Lorsque France Telecom veut marquer une pause dans le contrat, « de crainte d’une accusation de travail salarié déguisé », il se retrouve démuni. Nouvelle embauche. Chez RMI cette fois, toujours dans l’informatique. .« J’ai découvert le monde impitoyable des SS2I (sociétés de service en informatique) ».
n n’en a pas fallu plus à ce diplômé entreprenant pour décider de devenir son propre patron.« Je ne voulais plus être un petit robot ». C’est souvent comme cela que se créent les jeunes entreprises. Presque banal. Sauf que Thomas Favier se dit qu’en devenant indépendant, il pourrait devenir, en plus, « utile aux autres ».

Recrutements

Son idée : lancer une entreprise « adaptée », c’est-à-dire qui emploie au moins 80 % de personnes handicapées. Son projet colle au nouveau contexte établi par la réforme des conditions d’emploi des handicapés. Désormais, les sociétés qui utilisent, comme sous-traitant, une entreprise « adaptée », peuvent diminuer les taxes auxquelles elles sont assujetties si elles n’emploient pas elles-mêmes les 6 % de salariés handicapés réglementaires. Quant à l’entreprise adaptée, elle touche des aides à l’embauche.
C’est ainsi qu’Ingecap est née, le mois dernier, devenant du même coup la première entreprise lorraine « adaptée » dans le domaine des services’ informatiques. Actuellement en phase de recrutements, Thomas Favier propose les services classiques que sont la sauvegarde des données, l’aide informatique à distance, le conseil et la maintenance. Ses futurs salariés, qu’ils soient en fauteuil ou touchés par un quelconque handicap physique, sont tout aussi performants que des personnes valides à 100 %. D’autant qu’ils interviennent la plupart du temps à distance..La société Ingecap a déjà convaincu de gros clients : des cabinets d’imagerie .médicale privés et une importante centrale d’achats. Tout cela alors même que son patron est toujours hébergé dans un petit bureau de 11 m2, à Promotech, à Villers-lès-Nancy.

INGECAP – Info assistance !
(les tablettes Lorraines – No 881 du 9 juin 2006)

C’est un peu le même principe que la mise à disposition d’un salarié en temps partagé mais là c’est à travers la société Ingecap, installée à Promotech, que les entreprises et les adminis­trations de taille moyenne pourront bénéficier des services d’experts en infogérance. Le concept repose sur la création d’une plate-forme informatique permettant d’assister en « direct » les entreprises rencontrant un problème. Cette hotline sera gérée par des tra­vailleurs handicapés. Le point sur cette société atypique avec son gérant, Tho­mas Favier.

C’est en avril dernier, qu’il a concrétisé son projet… de création d’entreprise, bien sûr. Déjà aguerri aux techniques de la gestion de so­ciété après une première expérience concluante en free-lance, Thomas Favier vient de créer l’entreprise Ingecap (Info Gérance Handicap), spécialisée dans la commerciali­sation de contrats d’infogérance aux entreprises et administrations de taille moyenne. « Les établissements de taille moyenne (entre 1 et 100 postes) n’ont pas une taille suffisante pour disposer d’un service informatique rentable capable de mener efficacement les trois missions qu’on attend de lui c’est-à-dire : entretenir le matériel, exploiter et administrer les serveurs et les équipements réseaux ou encore gérer l’évolution du système d’information d’où notre démarche » explique-t-il. Afin de répondre aux besoins des entreprises, cet ingénieur diplômé de l’Ecole des Mines de Nancy, est en train de mettre en place une sorte de plate-forme informatique dans ses locaux à Promotech. « Il faut savoir que près de 90 % des incidents informatiques peuvent être résolus à distance. Cette hot-line permettra donc de prendre la main sur le poste du client qui en fait la demande via une déclaration d’incident en ligne. L’objectif est de fonctionner en té­létravail ». Ce spécialiste de l’infor­matique précise qu’une présence régulière et hebdomadaire s’impose pour « créer un climat de confiance entre les intervenants ». Pour assurer ces activités d’assistance au jour le jour et de conseil (mais aussi d’ad­ministration de serveur et de veille technologique), Thomas Favier a opté pour un type d’entreprise un peu particulier. « Ingecap est une entreprise du milieu adaptée, favo­risant l’emploi et la réinsertion de travailleurs handicapés ».

Entreprise adaptée

Ingecap s’est engagé à n’employer que des travailleurs handicapés pour la partie Hotline, Helpdesk et Infogérance. Cette équipe sera bien évidemment complétée par du personnel sans contrainte de mobi­lité pour le dépannage en clientèle. « La mise en application en janvier 2006 de la loi sur l ’Egalité des chances offre un cadre nouveau pour le travail de personnes handicapées vis-à-vis du monde du travail : l’entreprise adaptée anciennement appelée entreprise protégée. Cette spécificité peut ouvrir de nouveaux horizons aux entreprises de plus de 20 salariés qui doivent employer 6 % de personnel handicapé. La sous-traitance est un moyen de répondre à cette obligation légale ». Si la loi sur l’Egalité des chances n’a pas renforcé cette disposition, les sanctions sont, quant à elles, élargies de même que l’éventail des entreprises concernées : les trois corps de la fonction publique sont dorénavant pris en compte. Thomas Favier souligne : « Les entreprises qui ne remplissent pas ces condi­tions des 6 % versent chaque année à l’AGEFIPH une contribution dite « volontaire » pour atteindre le taux de 6 %. La conclusion de contrats de sous-traitance avec le milieu adapté permet de réduire l’obligation d’emploi dans la limite de 50 %». Intéressant ?!